Le 24 avril 2024 marque une avancée historique pour la Guadeloupe. Un Centre LGBT+, nommé Maison des Diversités et de l’Inclusion (MDI), a officiellement ouvert ses portes. Ce lieu, à la fois espace d’accueil, de soutien et d’orientation, s’adresse aux personnes issu·e·s des diversités identitaires, sexuelles, corporelles et de genre.
Portée par la fédération d’associations guadeloupéennes BI-FWI (BOKANTAJ INCLUSION FRENCH WEST INDIES), cette structure a été inaugurée par la ministre Aurore Bergé, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes. Cette création s’inscrit dans un programme national visant à établir un Centre LGBT+ dans chaque région d’Outre-mer. Elle renforce ainsi les actions sociales et communautaires déjà engagées sur l’île.
Dans un territoire marqué par un riche brassage culturel, la mise en place de la MDI repose sur une analyse rigoureuse des besoins locaux. Comme l’explique Prisca Melyon-Reinette, éducatrice spécialisée et co-présidente de BI-FWI :
« La création d’un espace pluridisciplinaire et pluriprofessionnel, couplée à la formation des acteurs de terrain, a émergé comme une priorité suite à l’élaboration d’une cartographie des violences LGBTphobes menée en 2023 par l’association Amalgame Humani’S.»
Ainsi, cette démarche répond à une réalité souvent ignorée : les violences LGBTphobes prennent des formes multiples, parfois insidieuses, sur le territoire guadeloupéen
Il ne s’agit pas seulement de violences physiques. En effet, les agressions verbales, psychologiques, religieuses ou encore sociales s’entrelacent avec d’autres discriminations liées à l’origine, la classe sociale ou le genre. Cette complexité rend urgente la création d’espaces de parole, de soutien et de formation.
La Guadeloupe est traversée par une dynamique interculturelle vivante. Pourtant, les discriminations ne s’additionnent pas simplement ; elles s’entremêlent. Racisme, colorisme, sexisme, xénophobie, transphobie ou encore homophobie coexistent dans un contexte postcolonial toujours prégnant.
Maëlys Actry, intervenante psychosociale et membre de BI-FWI, souligne l’importance d’une approche globale :
«La lutte pour la reconnaissance des diversités identitaires, des genres, des corps et des sexualités est indissociable de celle pour les droits humains et les dynamiques culturelles.»
Or, dans une société guadeloupéenne marquée par des traditions familiales fortes, la sexualité reste souvent cantonnée à la sphère privée. Par conséquent, l’expression des identités LGBTQIA+ s’avère particulièrement difficile.
Le poids des normes et du silence, transmis parfois dès l’enfance, limite la visibilité des personnes LGBTQIA+. Pourtant, ces personnes existent, vivent, souffrent et résistent. Dès lors, il devient essentiel de créer des lieux sécurisants, où chacun·e peut être écouté·e sans jugement.
Face à cette réalité, la MDI entend remplir une double fonction. D’une part, il vise à sensibiliser les professionnel·les et le grand public. D’autre part, il permet de visibiliser des vécus encore trop souvent effacés. Grâce à des actions concrètes, des partenariats et une écoute active, la MDI entend briser l’isolement.
La MDI ne se limite pas à être un simple lieu d’accueil. Il se positionne également comme un outil stratégique pour la transformation sociale. En intégrant différentes compétences — juridiques, médicales, psychologiques, éducatives — il adopte une approche transversale des problématiques identitaires.
En réunissant associations, institutions et habitant·es, la fédération BI-FWI construit un espace de dialogue inédit. Le Centre devient alors un levier d’action collective, tout en apportant une reconnaissance institutionnelle et symbolique aux identités marginalisées.
L’ouverture de la Maison des Diversités et de l’Inclusion constitue une étape fondatrice. Elle incarne l’espoir d’une société guadeloupéenne plus ouverte, plus juste et résolument tournée vers la reconnaissance de toutes ses composantes.
En valorisant les parcours, en formant les professionnel·les et en fédérant les acteurs du territoire, la MDI donne un nouveau souffle aux luttes pour l’égalité et la dignité.
Un écrit du Cabinet Korosòl, pour une compréhension plurielle et intersectionnelle de la Guadeloupe contemporaine.